Présentation du séminaire

Ce séminaire, organisé par Dhagpo Bordeaux a eu lieu le 17 novembre 2018.
Et si “le croire” nous influençait plus qu’on ne le croit ? Les croyances sont au cœur de nos vies. Notre système de croyances définit nos comportements et nos décisions au quotidien. Il nous donne une représentation cohérente du monde et inscrit notre place dans la société.
A l’époque des technologies nouvelles et des réseaux sociaux qui permettent la mondialisation des connaissances et la circulation de toute information, vérifiée ou non ; alors que la diversité culturelle des sociétés s’accroît toujours plus ; au moment où les dogmes des grandes religions sont questionnés avec, par ailleurs, le retour d’un sentiment religieux nouveau et d’une laïcité sans cesse interrogée, il nous semble utile et nécessaire de faire le point sur cette dimension essentielle de l’être humain : le phénomène du croire.

Ouverture du séminaire – Lama Puntso

Lama Puntso
Enseignant bouddhiste, responsable du centre Dhagpo Bordeaux et de « l’Atelier des Savoirs » groupe de travail et de réflexion sur les apports du bouddhisme aux problématiques du monde actuel.

« J’y crois pas ! »

C’est ce qu’a affirmé un membre de l’équipe quand nous avons appris que la France entière, et donc Bordeaux, allait être bloquée, immobilisée la date précise que nous avions choisie pour ce séminaire.

« J’y crois pas ! » la question n’était pas d’y croire ou pas puisque c’était un fait, une évidence.
« C’est pas grave, on y croit quand même ! »

C’est ce qu’a répondu un autre membre de l’équipe : on y croit ! Injonction pour le moins irrationnelle car rien ne permettait alors d’y croire ou pas (sinon de le dire pour se donner du courage).
« Croire et ne pas croire est également périlleux. »
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Ce n’est pas un membre de l’équipe qui a dit ça, c’est un proverbe français qui nous met en garde sur notre rapport aux croyances. Ceci pour vous dire que ce petit verbe de six lettres « croire » se ballade dans notre langue française et semble s’amuser à brouiller les pistes :

– Si je vous dis : « je crois qu’il pleut », j’exprime un doute

– Si je vous dis : « je crois en l’homme », j’affirme une certitude.

Le phénomène du croire (et on peut dire que c’est un phénomène !) c’est très vite imposé comme générateur de paradoxes. Dans le programme de cette journée, on peut trouver dans les présentations des différentes interventions des termes aussi divers et parfois opposés comme « décision » mais aussi « irresponsabilité », « illusion » mais aussi « réconforter », « libre-arbitre » mais aussi « mystère ». J’ai le sentiment que nous allons sortir de cette journée avec plus de questions que de certitudes. C’est comme si plus nous essayons de cerner ce que sont les croyances, plus elles se dérobent à nous.

Voilà ce que disait le Bouddha : « Ne vous engagez pas sur base d’une révélation ; ne vous impliquez pas par tradition ; ne vous investissez pas sur base des textes sacrés ; ne vous fondez pas uniquement sur la logique pure ; ne vous engagez pas parce que cela vous semble rationnel ; n’acceptez pas ce qui est dit parce que vous êtes d’accord ; ne vous engagez pas parce que la personne est compétente ; ne vous impliquez pas parce que le Bouddha est l’enseignant. Venez et voyez par vous-même. » La rencontre de nos différentes disciplines au travers de nos multiples témoignages n’a d’autre but que de donner à chacun les ressources pour « venir et voir par lui-même ».

Il reste que nos discussions sont au cœur d’un paradoxe insoluble : les croyances de chacun teinteront de fait les échanges que nous aurons sur les croyances.

La croyance aujourd’hui, quels enjeux ? – Michel Aguilar

Michel Aguilar

Michel Aguilar
Ex-président de la Commission droits de l’Homme – Conseil de l’Europe

Ex-vice-président de l’Union Bouddhiste de France.

De tous temps les hommes ont eu besoin de croire pour surmonter les énigmes de la nature et sublimer leur finitude. Les technologies contemporaines sont-elles en passe de prendre le contrôle de nos croyances ?

Fonction vitale, on ne peut pas vivre sans croyance. Le phénomène du croire est flexible, permanent. Le croire réagit aux conditionnements. Je crois que… à quoi, en quoi tu crois ? Ça ouvre la porte au fait que je crois en quelque chose. Je crois aux propos du médecin qui me dit de manger bio, différence d’implication entre je crois que Dieu existe et je crois en Dieu.

Les différentes facettes du phénomène du croire sont subtiles, très nombreuses, hiérarchisées, croire en Dieu est plus important que croire que manger bio est mieux pour la santé.
Croyances héritées de la famille et/ou d’une tradition culturelle, croyances établies en fonction des croyances des autres, croyances immédiates face à quelqu’un de charismatique. Certaines de nos croyances passent inaperçues, certaines études montrent que ce qui incroyances ou croyances peuvent être ignorance.

Quand on ignore qu’on ignore, on croit savoir !
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Dans quelles conditions sommes-nous amené à croire ? Je suis habité, donc je crois, qu’il y a quatre grands déterminants : les conditions climatiques et environnementales sous forme de contraintes ; la question des ressources naturelles (plus le temps passe et moins il y a de ressources disponibles) cristallise de nouvelles croyances ; l’économique et le social qui agissent sur le mode d’apparition et de cristallisation des croyances (quand il y a moins de pétrole cela impacte directement notre quotidien) ; enfin les institutions qui, depuis quelques années, sont contestées de façon décomplexée, générant de nouvelles croyances.

Déterminant complémentaire, les technologies, par exemple à propos de la voiture autonome, les accidents de la route étant liés aux conducteurs, donc plus de conducteur, plus d’accident, c’est une croyance !

Première observation, les convictions religieuses et politiques, d’après les recherches actuelles, empruntent un même réseau de neurones, neurones impliqués dans l’équilibre de la personne.
Deuxième observation, il est réconfortant d’avoir une explication intégrale et cohérente et intellectuellement satisfaisante de notre monde, en fonction d’un besoin plus ou moins important d’explications.

Les croyances en un libre arbitre – Louis Violeau

Louis Violeau
Doctorant en deuxième année en neuropsychologie clinique à l’université de Bordeaux, ses travaux portent sur le rôle des croyances de libre-arbitre dans l’internalisation de la stigmatisation chez les personnes souffrant de schizophrénie.

Nous faisons des choix chaque jour. Certaines de ces décisions sont déterminées par le contexte, tandis que d’autres sont considérées comme provenant de soi. Cette capacité à s’auto-déterminer, c’est à dire à faire des choix de façon consciente, volontaire et raisonnée, est souvent considérée comme une caractéristique fondamentale de l’espèce humaine. Lire la suite…

De ces choix volontaires découlent notre responsabilité. Cependant, de nombreuses études issues des neurosciences suggèrent que le libre-arbitre de la volonté est une illusion. Soit. Mais que se passe-t-il lorsque les individus sont menés à croire que le libre-arbitre n’existe pas ? Les études en psychologie sociale suggèrent que les croyances de libre-arbitre seraient essentielles à la vie en communauté : les réduire conduirait les individus à se sentir moins responsables de leur actions et donc à agir de façon impulsive, égoïste et antisociale.

Nous sommes donc devant un dilemme : devons-nous croire en un libre-arbitre tout en sachant qu’il s’agirait d’une illusion, ou bien devons-nous accepter qu’il s’agisse d’une illusion et nous comporter de façon irresponsable ?

Définition du libre arbitre :
Contrôle de son action : je suis donc responsable, cela vient de ma volonté.

Les incompatibilistes affirment que le déterminisme est incompatible avec le libre arbitre : « Si tout est déjà écrit, alors nous ne sommes pas libres ».

Les compatibilistes énoncent : « Bien que tout soit écrit, nous sommes quand même libres », parce que la liberté ne repose pas sur le choix, mais sur le fait que la volonté soit compatible avec le contrôle.
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Libre arbitre et neurosciences :
La volonté consciente ne cause pas l’action, mais serait juste cohérente avec l’action.

Trois pré-requis pour se sentir mieux :

– Priorité la volonté doit précéder l’action à un intervalle approprié

– La cohérence doit être compatible avec l’action

– L’exclusivité : la volonté doit être l’unique cause apparente de l’action.

Croire que tout est déjà déterminé mènerait les gens à tricher si l’occasion se présente. Si je ne suis pas responsable de mes actions, je peux tricher !

Les neurosciences défendent l’idée que le libre-arbitre est une illusion, cependant, croire cela mène les gens à se comporter de façon égoïste, amorale et antisociale en réduisant la responsabilité. Dilemme ! Proposition : soyons compatibilistes !

Bien que la majorité de nos actions ne soient pas choisies par notre volonté consciente, nous en sommes responsables dans la mesure où notre volonté est cohérente avec nos actions.

Une Histoire des croyances – Alhadji Bouba Nouhou

Alhadji Bouba Nouhou
Enseignant en Master « Religions et Sociétés » et en licence professionnelle à l’Université Bordeaux Montaigne.

Croire c’est tenir pour certain l’existence de quelque chose ou de quelqu’un en le nommant et en lui conférant un contenu. Dès les premières heures de la croyance, les sociétés ont instaurés des rites d’initiations pour établir la sphère d’influence des différentes autorités (invisibles ou visibles). Lire la suite…

Bien que les croyances aient évolué, leurs mécanismes continuent d’échapper à la raison. Les croyances ont fait de l’être humain un être parlant, un foyer de culture (et) ou de violence. Qu’elles interrogent sur des questions existentielles, sur des phénomènes naturels et mystérieux ou sur les sources du mal et de la souffrance les croyances sont liées au psychique, elles réconfortent et soulagent de l’angoisse dans un monde de plus en plus globalisé.

La croyance croit soutenir quelque chose pour vrai, c’est aussi un jugement sans que n’en soit garantie la vérité. La croyance a pris place dès que l’être humain s’est mis debout, d’autres disent dès que l’être humain a pris conscience de la mort et a enterré ses semblables, d’autres disent que la croyance est instinctive. La croyance est liée à la parole : je crois parce que je parle.

Pourquoi croit-on ? Qui croit ? En quoi croit-on ?
Si par exemple je suis à un arrêt de bus, je demande à une personne quelle heure est-il, elle me répond et je la crois. On peut croire parce qu’on croit à la parole de l’autre, c’est inconditionnel.
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Sur la maladie, la mort, la vie après la mort, le besoin de croire nait d’une certitude et non pas d’une supposition.
Comment dans un contexte de croyance en une conviction interroge-t-on le libre arbitre ? Au 9e siècle cette question a été débattue, certains disent que tout est écrit, Dieu décide de tout. D’autres disent que l’individu est libre, qu’il n’est pas soumis à la décision unilatérale de Dieu. Ils disent que Dieu crée tout, mais ils laissent la marge de liberté aux hommes de choisir, car si on enlève la liberté humaine il ne peut pas y avoir d’équité dans le jugement de Dieu.
Le poids de la religion, les expériences personnelles comme celles des soufis au 13e siècle, posent la question de savoir comment concilier la liberté avec le poids de la religion. L’être crée sa prière sur base de son imagination, il crée quelque chose et dans l’imaginaire rend hommage à la chose créée.

Peut-on refuser de croire ? Aux USA, certaines personnes refusent de croire ou changent de croyance. En 2014, des américains qui attendaient l’arrivée d’une comète se sont cotisés pour l’observer, mais elle n’est pas venue. Ils ont alors dit que si la comète n’est pas venue, c’est à cause du télescope qui ne fonctionnait pas bien. Ils n’ont pas changé leur croyance ! Bien que certains faits ne se produisent pas, ces êtres trouvent une explication pour justifier leur croyance.

Aujourd’hui, il y a un net retour des croyances et des interrogations sur les croyances. Une chercheuse dit que dans ce monde globalisé, il y a une déstructuration des sociétés, à cause de différents paramètres comme le chômage, le divorce, etc. Les ados sont en mal de croyances, or, la laïcité n’a pas pris suffisamment en considération ce besoin de croire. Il en est de même pour les adultes que nous sommes, nous sommes en fait comme des adolescents.

Gandhi disait : « Je n’aime pas le mot tolérance, mais je n’en trouve pas de meilleur. »

Première table ronde

Table ronde avec les trois intervenants de la matinée : Michel Aguilar, Louis Violeau et Alhadji Bouba Nouhou.
Échanges avec le public.

Quelques phrases issues des échanges entre les trois intervenants et les participants :

La croyance est structurante, mais pour un gouvernement, permettre la liberté de croyance permet aussi d’asseoir son autorité sur le peuple.

L’individu crée ses convictions et prie ses idoles sur base de cette croyance.

Pourquoi l’individu a-t-il besoin de croire ? Puisque le bonheur existe dans l’inconscient, et que je n’y ai pas accès, je ne peux que croire qu’il est inaccessible ou que les autres nous empêchent d’y accéder.
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Je cherche à comprendre pourquoi je vis, pourquoi je vais mourir, j’ai besoin de comprendre et de croire à quelque chose.

Nous avons besoin de spiritualité, est-ce que la spiritualité est la croyance pour l’athée ? La spiritualité est la science de l’esprit. Que l’on soit athée, non-croyant ou croyant, on a de toute façon un esprit qui a besoin de rationalité.

On a parfois de bonnes croyances et de fausses croyances, par exemple dans le domaine médical, les médecins pensent qu’il y a de plus en plus de risques d’avoir des procès, et cela conditionne leur façon d’exercer leur profession. C’est parce qu’ils ne connaissent pas le droit, qu’ils ont une fausse croyance par rapport au monde judiciaire. C’est le savoir qui fait évoluer les croyances.

On croit fermement à des choses dont on n’a pas la preuve, mais beaucoup plus faiblement à des choses dont on a la preuve.

Est-ce que le phénomène de la croyance marque la différence entre les humains et les animaux ? On a peu d’éléments qui nous différencient des animaux. Mais on a conscience qu’on va mourir, est-ce que les animaux ont cette même conscience ? Toutes les questions par rapport à la mort et ce qui se passe après la mort est une caractéristique des humains. Et ces questions génèrent de nombreuses croyances.

Cependant, les chimpanzés ont également un langage qui leur est propre, ont-ils des croyances pour autant ? Je n’ai pas la réponse, mais des doutes sur le fait que c’est le langage qui permet les croyances.

Est-ce que le libre-arbitre est une illusion ? Cela n’a pas été prouvé. Mais pourtant on l’éprouve.

Dans quelle mesure les nanotechnologies vont-elles influencer les croyances religieuses ? Je ne suis pas capable de répondre totalement à cette question, mais ce que je peux avancer, c’est que les technologies innovantes provoquent progressivement une modification des croyances, par exemple, sur les choix prédictifs. Ayant conscience que nous n’avons pas la totale maitrise sur nos comportements, je ne vois pas comment cela pourrait ne pas avoir d’influence.

Les croyances partagées sont structurantes pour un groupe humain.

Les croyances collectives partagées ou stéréotypées, comme par exemple « les hommes boivent de la bière en regardant du foot ». Quand on fait partie d’une catégorie stéréotypée, on peut être contaminé par ces croyances, et se limiter à certains comportements attendus.

Croyance et fausses informations – Olivier Le Deuff

Olivier Le Deuff
Maître de conférences en Sciences de l’information et de la communication à Bordeaux Montaigne. Habilité à diriger des recherches.

Cette intervention vise à montrer les ressorts de la pensée conspirationniste et sa complexité en s’appuyant notamment sur les travaux d’Umberto Eco et la recherche en sciences de l’information et de la communication ainsi qu’en sciences de l’éducation (plus particulièrement en didactique de l’information).
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Le but est de comprendre que les conspirationnistes s’appuient sur des compétences informationnelles qui visent à douter de l’information officielle pour croire en une logique supérieure qui permet d’agencer les faits dans une suite logique imparable. La piste de la formation à l’évaluation de l’information apparaît ici plus opportune afin de pouvoir se repérer et effectuer des choix sans avoir besoin de directeur de conscience.
Nous montrons les compétences informationnelles requises ainsi que les éléments essentiels que devraient composer cette formation.

Comment peut-on aujourd’hui accéder à une information de qualité ? Trop de croyances, qui viennent de ce fait conforter les croyances, phénomène constaté plus fortement chez les séniors que chez les jeunes, plus enclins au doute.
Des fausses informations que l’on pense vraies, et que l’on peut répercuter, même si on a une expérience du filtrage de l’information.

Umberto Eco : « À l’avenir, l’éducation aura pour but d’apprendre l’art du filtrage », c’est-à-dire la capacité à évaluer les informations, entre information et désinformation. Les désinformations circulent notamment sur les réseaux sociaux, et il est parfois difficile d’y résister. Il y a trois formes de filtrage : technique, éducatif et social, auxquels s’ajoute le filtrage politique, législatif.
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Il y a des tensions entre la législation, qui pourrait être perçue comme une forme de censure, et le filtrage social qui est souvent persuadé d’avoir raison. Ce n’est pas une question simple, mais je ne suis pas contre une forme de sanction, sur une durée limitée.

La piste éducative de la littératie :
– Premier sens : capacité à lire et à écrire
– Deuxième sens : possession de compétences et d’habileté
– Troisième sens : élément d’apprentissage

Tension entre littératie ou compétences, sans doute, la littératie implique aussi de comprendre qui construit les compétences, les transmet et les évalue.
Définition de littératie : « Être compétent dans l’usage de l’information signifie que l’on sait reconnaitre quand émerge un besoin d’information et que l’on est capable de trouver l’information adéquate, ainsi que d’évaluer et de l’exploiter ».

La culture de l’information est aussi une culture technique, comme par exemple comprendre comment fonctionne les « coulisses » de Facebook.

La piste de la translittératie : « L’habilité à lire, écrire et interagir par le biais d’une variété de plateformes, d’outils et de moyens de communication, de l’iconographie à l’oralité en passant par l’écriture manuscrite, l’édition, la télé, la radio et le cinéma, jusqu’aux réseaux sociaux ».

La place des croyances dans les processus décisionnels – Daniel Fages

Daniel Fages
Coach formateur en leadership et management.

Comment, avec la conscience de notre distorsion de perception et de nos automatismes de pensée, nos décisions pourraient être encore plus efficaces ? Avec trois exemples de la vie en entreprise, nous voyons comment des erreurs cognitives dévastatrices peuvent amener des décisions absurdes. Et comment les contourner ?

Le Paradoxe : au quotidien, nous prenons des dizaines de décisions, des plus simples aux plus complexes.
Il en va de même dans le monde de l’entreprise, et c’est un domaine où le processus de la prise de décision a été le plus étudié, a fait l’objet de multiples observations, de modélisations, de publications ; très régulièrement, et avec l’avènement de l’Intelligence artificielle et de la digitalisation, on nous propose de nouvelles théories, des outils d’aide à la décision, des formations … et paradoxalement, en entreprise, le quotidien nous donne l’exemple de situations provenant de « Décisions Absurdes ». Des auteurs en ont même recensées suffisamment pour y consacrer plusieurs ouvrages.
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Concrètement, dans la pratique de Consultant et de Coach en Entreprises, aider mes clients dans leurs décisions fait partie du quotidien, et les résultats obtenus différent aussi de ceux qui étaient attendus.

Pourquoi la pratique s’avère aussi complexe ?
Parmi toutes les explications données, la littérature traitant du sujet propose une explication : le cerveau humain, pour faciliter son « travail », mettrait en place des automatismes simplificateurs qui œuvrent à notre insu.

Le principe de base est que chaque être humain est une combinaison de chacun des 6 types identifiés avec 1 ou 2 types plus apparents que les autres. Cette structure de personnalité peut évoluer dans le temps.
Et la boucle est bouclée : des erreurs cognitives dévastatrices aux croyances erronées qui induisent des comportements inadaptés, c’est la même cause de décisions qui peuvent être absurdes !

Alors, lorsque nous prendrons une décision, souvenons-nous que le plus grand risque pouvant nous conduire à une absurdité, c’est d’abord notre absence de conscience qui laisse nos automatismes décider pour nous.

Jusqu’où sommes-nous libre de nos croyances ? – lama Puntso

Lama Puntso
Enseignant bouddhiste,
responsable du centre Dhagpo Bordeaux et de « l’Atelier des Savoirs » groupe de travail et de réflexion sur les apports du bouddhisme aux problématiques du monde actuel.

L’approche bouddhique est appelée la voie du milieu, libre des extrêmes. Dans notre contexte, nous pourrions traduire extrêmes par croyances. En effet, tout au long de son enseignement, le Bouddha a questionné la réalité et la manière dont nous la percevons. Afin d’éviter tout dogmatisme, les outils utilisés pour discerner le réel combinent l’approche logique des raisonnements avec un répertoire de pratiques contemplatives. lire la suite…

Intégrant la subjectivité humaine sans se laisser piéger par les apparences, le bouddhisme évite l’écueil de la foi aveugle. Le Bouddha a d’ailleurs demandé d’appliquer cette approche critique à son propre enseignement : « Ne croyez rien de ce que je dis par simple respect pour moi, mais éprouvez-le et analysez-le par vous-mêmes. » Dans cette perspective, jusqu’où pouvons-nous nous affranchir des croyances ?

Commençons par un saut dans le temps et dans l’espace : il y a 2600 ans dans le nord de l’Inde. Nous sommes dans une forêt et quelques individus sont assis, ils échangent. L’un d’entre eux demande : « qu’est-ce qu’un individu ? » Un autre répond par une métaphore : « c’est semblable à ce tas de bois ». Un tas n’est pas autre chose qu’un ensemble d’éléments qui le compose. Cet exemple va avoir des conséquences insoupçonnées.

Commençons par une évidence : si je suis capable de croire quelque chose, de croire à quelque chose, c’est que je suis à même de connaitre cette chose, de l’éprouver. Et, du coup, parlant de croyances, une question s’impose : est-ce que ma connaissance est valide ?
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Cela peut paraitre évident : pour chaque individu, une connaissance qui, sur base du corps, est la combinaison des données sensorielles qui deviennent de l’information grâce à la distinction (le mental) qui sont colorées par une multitudes d’états d’esprit qui dépendent de notre histoire et de nos habitudes mentales. Il nous faut rajouter un cinquième élément que l’on pourrait nommer conscience, la capacité à connaitre, à être conscient de : le projecteur de l’attention qui vient se poser sur ces éléments constitutifs de mon expérience et qui permet d’en être conscient : un corps, des sensations, des distinctions et des évènements mentaux rendu conscients ou pas, par la capacité d’attention, la conscience. A l’époque du Bouddha, les neurosciences ne sont pas encore apparues et Freud n’est pas encore né. Le Bouddha se base sur les connaissance de son époque et surtout sur son expérience personnelle.

Cette description en agrégation n’est pas innocente. Le Bouddha a une visée : il veut mettre en évidence que notre façon de nous connaitre et de connaitre les objets est fondée sur une erreur cognitive, une croyance. La perception que nous avons des choses nous fait croire que ces choses existent telles qu’elles apparaissent, sous la forme d’entités dotées d’existence propre. L’évaluation que nous avons du monde est trompeuse. Là ou l’on voit, de prime abord, l’unité, il y a en réalité une pluralité qui lui est sous-jacente. Ce que l’on pense être un est en réalité composé. Cela aussi a des conséquences.

Je le reformule :
Le corps : un ensemble constitué de capteur sensoriels en lien avec les objets correspondants (visuels, sonore, tactile, gustatif, etc.)
Les sensations : une réaction primaire au stimulus produit lors du contact avec les objets, elles nous renseignent sur l’objet.
Les représentations mentales : la notion que l’on se fait d’un objet au contact de ses attributs ou caractéristiques.
Les événements mentaux, l’ensemble des forces conditionnantes issues de nos expériences et de nos actes passés, le réseau d’états d’esprit qui nous traversent sans cesse.

Le corps est composé, les sensations sont multiples, les pensées sont plurielles, les événements mentaux sont composites et la conscience succession d’instants. Nous sommes bien plus process que matière. Sachant en plus qu’aucun de ces cinq facteurs n’existe à part des quatre autres : ils fonctionnent ensemble en boucle.

Partant de cela, une question se pose, une question contre-intuitive dans le sens où elle va à l’encontre de notre expérience habituelle : il est évident que nous-mêmes ainsi que les phénomènes, les choses, les objets de connaissance, sont composés d’éléments multiples sans cesse en interaction, et que l’ensemble de ces éléments change sans cesse, se modifie, se métamorphose. Il n’y a rien de stable nulle part. Tout fonctionne continûment. Or, malgré l’évidence du composé, de l’interdépendance et de l’impermanence, nous percevons les choses comme des entités, séparées et stables pour ne pas dire pérennes. Pour le formuler autrement : la perception que nous avons des choses nous fait croire que ces choses existent telles qu’elles nous apparaissent. Qu’est ce qui fait que le multiple est perçu comme un, que les interactions entre les choses ne nous apparaissent pas et que le changement nous échappe ? Comme si il y a avait deux réalités : celle qui nous apparait et ce qui se passe vraiment.

Nous construisons une réalité fabriquée sur base d’une réalité autre que ce que l’on perçoit. Ce qui fait que quand je me représente et que je nomme les choses, cela me permet de les distinguer mais en même temps je m’en éloigne. En philosophie cela s’appelle hypostasier : considérer à tord un concept pour une réalité. Selon le Bouddha nous hypostasions le monde autant que nous-mêmes.

Associer la contemplation bien menée associée à la familiarisation nommée méditation permet de progressivement identifier les croyances afin d’en être de moins en moins dupe. On parle alors de percevoir la réalité telle qu’elle est.

Nous étions dans la forêt dans la Nord de l’Inde il y a 2600 ans avec ce tas de bois qui n’est que le composé de ses parties. Nous sommes passés par la notion d’illusion, de réalité des faux semblants. Nous sommes arrivés à la méditation, l’entraînement à un regard plus direct sur cette réalité. Finalement tout cela n’est peut-être qu’un filet de croyances, mais ce dont je vous ai parlé a une qualité : cela permet de poser un regard plus apaisé sur ce que nous vivons et d’être moins dupes des croyances qui nous traversent.

Je reste sur ce que je vous ai dit du Bouddha au tout début de cette journée, l’essentiel est de venir et de voir par nous-mêmes.

Deuxième table ronde

Table ronde avec les trois intervenants de l’après-midi : Olivier Le Deuff, Daniel Fages et Lama Puntso.
Échanges avec le public.

Quelques phrases issues des échanges entre les trois intervenants et les participants :

En tant que chercheur, on peut se demander si on ne se raconte pas des bêtises… sur n’importe quel discours, il est potentiellement possible de démontrer qu’il est faux.

Le discours dont on ne peut pas démontrer qu’il est faux, est un discours qui n’est pas scientifique. Nos discours ne sont pas forcément vrais en soi, mais l’important c’est qu’on puisse les améliorer, ce qui fait que ce n’est pas si grave si on fait une erreur parce qu’elle peut être corrigée.

Les choses changent sans cesse, c’est nous qui les réifions par un jeu de représentations. Ce n’est pas qu’il faille le rejeter, c’est de le questionner. On s’appuie sur la réalité relative, c’est important, mais il est essentiel de ne pas en être dupe.
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Les croyances ont pour propos de faire sens, il y a des croyances figeantes et des croyances qui ouvrent. C’est mon rapport aux croyances qui va décider du sens.

De quoi a-t-on besoin pour une culture générale ? La culture générale est une culture qui évite les jugements de valeur. L’enjeu de la culture générale, c’est la réconciliation de la culture technique et la culture générale, les belles lettres par exemple.

Bossuet : « Le plus grand dérèglement de l’esprit, c’est de croire les choses telles qu’on voudrait qu’elles soient, et non pas pour ce qu’elles sont ». Attention, les citations apportent souvent une validité à nos croyances ! D’où l’importance de recontextualiser la citation par rapport à son auteur.

Est-ce que le libre-arbitre serait de se questionner ? Je pense que le fait de se questionner est une pratique de survie face aux croyances, de dépister tout ce qui fige une situation et de questionner les évidences. Mais si on n’est pas conscient d’une croyance, on ne peut rien en faire.

Les ermites qui passent de nombreuses années dans des grottes, est-ce pour développer leur libre-arbitre ? On dépend de fait sans cesse de causes et de conditions, l’idée est de déterminer vers quoi je vais, et quelles causes et conditions je génère pour y parvenir.

Je voulais parler de l’effet des croyances, j’ai la croyance que les croyances ont un pouvoir puissant sur la réalité, je mûris, j’expérimente, je croyais que j’étais nulle donc j’étais nulle ! Est-ce que ce sont mes croyances qui forment ma réalité ? On a le constat assez fréquent qu’on a des croyances qui peuvent se renforcer au contact des personnes qui pensent comme nous. Il s’agit donc de faire l’effort d’écouter des personnes qui ne pensent pas comme nous.

Photos et infos annexes

← Quelques photos du séminaire accompagnées de quelques paroles échangées.

 

Retrouvez ici la présentation générale
et là le programme détaillé
du séminaire sur le phénomène du croire
du 17 novembre 2018.

© Dhagpo-Bordeaux