La foi et la dévotion

Dongsung Shabdrung Rinpoché

Extrait de l’enseignement donné à Dhagpo Bordeaux le 14 juin 2015
La dévotion éclairée

Une des qualités importantes à cultiver lorsque l’on pratique l’enseignement du Bouddha est la dévotion. Souvent, cette notion est mal comprise, nous avons des concepts erronés à ce sujet. La dévotion peut être comprise comme de la superstition ou, comme on le dit en tibétain, comme une foi idiote, sans intelligence.

Dans le cadre du bouddhisme, la dévotion est toujours éclairée par le discernement et la compréhension. Il s’agit d’une dévotion nourrie par des raisons, informée par des explications. Ceux qui ne sont pas habités par ce type de dévotion sont dénués de la graine des qualités bénéfiques. Quelque soit le chemin dans lequel on s’engage, si on ne plante pas les graines, les fruits ne peuvent s’épanouir.

Lorsque l’on parle de dévotion, de quoi s’agit-il précisément ?

Premier type de dévotion : la dévotion inspirée
La dévotion envers le Bouddha suppose que l’on prenne conscience de ses qualités. Puis, que l’on s’en réjouisse. Lorsque nous percevons les qualités d’un objet de dévotion, notre esprit est heureux, il se réjouit de ces qualités. Cette joie est le signe du début de la dévotion. Générer de la foi sans connaître les qualités du Bouddha n’est pas une dévotion informée par la raison, c’est une confiance sans intelligence.

La dévotion confiante ou la confiance
Percevant les qualités du Bouddha, on se focalise sur son enseignement ; nous comprenons alors que les enseignements du Bouddha répondent à nos besoins. Nous pouvons alors harmoniser notre vie et les enseignements reçus.

La confiance irréversible
Nous commençons par la foi inspirée, basée sur la conscience des qualités du Bouddha. Puis, nous développons une foi confiante, comprenant la justesse de l’enseignement, ce qui nous amène à le mettre en pratique. Alors la confiance irréversible prend place. C’est la meilleure forme de dévotion car elle est la plus efficace.

Quand on s’engage dans la pratique du bouddhisme, il est important de développer une de ces trois formes de confiance ou de dévotion. Encore une fois, il ne s’agit pas d’une foi idiote mais d’une confiance informée par la raison.

La foi au quotidien

La foi inspirée est nécessaire dans toutes forme d’activité, quoi que l’on accomplisse. Quand nous reconnaissons les qualités d’une personne, nous sommes inspirés et nous souhaitons marcher dans ses pas. Il en va de même pour un objet : voyant ses qualités, nous souhaitons le posséder.

On peut comparer cela à l’achat d’un téléphone intelligent. D’abord on s’informe sur l’objet et ses caractéristiques. Lorsque l’on voit que cela correspond à nos besoins, l’objet nous inspire. S’il est de qualité, on l’achète. Mais on peut aussi l’acheter parce que c’est le plus cher et qu’il a la meilleure réputation. On ne connaît pas toutes les fonctions de l’objet mais on l’achète car tout le monde en parle…

Quand nous nous engageons dans le bouddhisme, il n’est pas juste de fonctionner ainsi. On ne parcourt pas le chemin sans en comprendre les raisons. Nous savons pourquoi nous pratiquons, nous sommes conscients de la nécessité du chemin. Notre engagement est fondé sur la compréhension des qualités de l’enseignement, c’est à dire au moins sur la foi inspirée.

Le Bouddha l’a expliqué lui-même : « Ne croyez pas ce que je vous dis parce que je vous le dis, mais examinez par vous-mêmes la valeur de ce que je vous transmets ». Nous ne suivons pas l’enseignement du Bouddha parce qu’il est célèbre, mais parce que nous l’avons écouté, nous y avons réfléchi et, au final, il nous paraît sensé.